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Alfred Kubin (1877-1959), nécessité n'a pas de loi

  • Marceau Baptiste
  • 10 nov. 2022
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 11 janv.

par Marceau Baptiste


Alfred Kubin, Ins Unbekannte, encre, plume, aquarelle et technique de pulvérisation sur papier, 30,9 x 39 cm, Vienne, Leopold Museum
Alfred Kubin, Ins Unbekannte, encre, plume, aquarelle et technique de pulvérisation sur papier, 30,9 x 39 cm, Vienne, Leopold Museum

Profitant dernièrement d'une rétrospective au Léopold Museum, Alfred Kubin (1877-1959) persiste l'un des acteurs sous-estimé d'une historiographie de la modernité européenne. À cheval entre deux mondes, symboliste tardif empreint de Klinger puis expressionniste proche du Blaue Reiter au début du siècle, Kubin pourfend les anciennes distinctions historiques.




Alfred Kubin, Napoleon, 1903, plume, encre et aquarelle sur papier kataster, 23 x 15 cm, collection privée
Alfred Kubin, Napoleon, 1903, plume, encre et aquarelle sur papier kataster, 23 x 15 cm, collection privée

Dessinateur et graveur accompli, l'Œuvre de Kubin tisse le fil de l'imaginaire initié par Francisco de Goya. Une continuité idéologique et plastique avec l'espagnol qui s'affirme dans ce pont réalisé entre la célèbre série Les désastres de la Guerre et son Bonaparte apaisé sur son lit de mort qui marque déjà un univers acide et macabre. Pourtant, si l'actualité (dramatique) reste un point d'accroche dans son travail, ses images lorgnant vers le fantastique persistent les plus célèbres.


Si pour cet artiste né à Leitmeritz en 1877, les affres de la vie sont coutumiers : marqué très jeune par la mort de sa mère en 1887 jusqu'à une tentative de suicide sur la tombe de celle-ci en 1896. La somme des drames familiaux ne saurait expliquer à elle seule cet imaginaire si particulier. L'art de Kubin s'abreuve et tire ses enseignements aussi bien des ainés que de ses contemporains. Des rencontres artistiques qui jalonneront sa pratique à l'instar d'un bref passage dans l'atelier d'Odilon Redon en 1902. Un artiste qui connaissait alors un franc succès pour ses illustrations des écrits de Baudelaire, de Flaubert ou encore de Poe. Si à son contact, Kubin s'initie à la lithographie, outil qui décuple l'image, il s'agit bien des outils de l'imaginaire et de l'illustration qui seront à l'œuvre.

Alfred Kubin, Die Andere seite. Ein phantastischer, Munich et Leipzig, Georg Muller, 1909
Alfred Kubin, Die Andere seite. Ein phantastischer, Munich et Leipzig, Georg Muller, 1909

De retour en Autriche, Kubin s'installe à Wernstein am Inn en 1906 au château de Zwickledt. Là-bas, il y rédige son premier roman « Die andere Seite » (« L’autre côté ») qu'il accompagne d'illustrations de sa main. Succès immédiat, les commandes d'illustrations affluent et lui assurent une stabilité financière en illustrant à son tour Poe et de Nerval.







Tout comme son ainé français, il empreinte le chemin de « l'Empire du rêve » par la multiplicité des techniques du dessin et de la lithographie qui lui offrent la place nécessaire aux variations des noirs et des contrastes. En résulte des œuvres frénétiques, sarcastiques ou même anticléricales.

Alfred Kubin, Eine Frau für alle, ca.1901, encre, 30,9 x 39,1 cm, Vienne, Leopold Museum
Alfred Kubin, Eine Frau für alle, ca.1901, encre, 30,9 x 39,1 cm, Vienne, Leopold Museum

Un besoin démiurgique qui s'abroge des règles (de la loi et de la morale) afin que la simple illustration devienne un art autonome, peuplé d'un bestiaire et de formes bien personnelles. Ainsi, les écrits convoqués ou représentés ne restent pas moins de simples catalyseurs dans l'exploration de l'image où s'accroche des thématiques chères à l'artiste comme la figure de la femme ou du monstres. Des images qui matérialisent sans aucun doute des peurs irrationnelles et autres traumatismes accumulés, mais s'accompagnent d'abord d'une philologie par l'image, d'une méthode cathartique pour un artiste qui se décrivait comme : « l’organisateur de l’incertain, du tremblant, de la pénombre, de l’onirique ».

Une pensée dont il s'évertua à poursuivre l'exploration jusqu'à la fin de ses jours en 1959.


Alfred Kubin, Jede Nacht besucht uns ein Traum, ca. 1902, encre et lavis sur papier, 39,1 x 31,8 cm, Vienne, Leopold Museum
Alfred Kubin, Jede Nacht besucht uns ein Traum, ca. 1902, encre et lavis sur papier, 39,1 x 31,8 cm, Vienne, Leopold Museum

C'est pourquoi, Kubin ne saurait être le simple fruit d'une enfance et d'une vie trouble. Son art résulte d'affordances de la transgression ce qui l'inscrit indéniablement la lignée inclassable que constitue l'inventaire du romantisme noir débuté dans les années 1970 par Mario Praz, avec un imaginaire longtemps convoqué par les surréalistes, Hans Bellmer jusqu'à une culture populaire : Silent Hill (1999) de Keiichiro Toyama en tête.


Marceau Baptiste












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